Perles de relecture : subjonctif plus-que-parfait

Le but des perles de relecture est de montrer les écarts linguistiques qui me poursuivent… et bien cette fois-ci, je vais pouvoir vous présenter l’écart d’un éditeur professionnel (ou pas) !

Lors de la relecture de La Machine à explorer le temps 3.0, une relectrice très attentive m’a signalé un problème de concordance des temps sur du subjonctif plus-que-parfait. Problème : il s’agissait de la version d’origine du roman 😲.

Mais est-ce véritablement une erreur ?

La perle

Le contexte

La Machine à explorer le temps 3.0 est un mashup entre La Machine à explorer le temps de H. G. Wells et mes propres textes. Cette particularité a eu un impact collatéral lors de la relecture : les béta-lecteurs ne savaient pas quand ils lisaient du Wells ou du Roch 😉

Voici donc une perle de relecture signalée sur la version d’origine, donc gérée par un éditeur professionnel.

L’extrait

Le Psychologue, le Docteur et moi étions les seuls qui eussions assisté au dîner précédent. 

La Machine à explorer le temps, H. G. Wells

La question est de savoir quel temps utiliser pour la proposition subordonnée.

La réponse

Le subjonctif plus-que-parfait

« qui eussions assisté » : il faut déjà connaître cette forme verbale. Il s’agit de subjonctif plus-que-parfait, une forme considérée comme d’usage très rare dans le Bescherelle, reléguée aux aficionados des tables de conjugaison.

Selon le Bescherelle, le subjonctif plus-que-parfait marque une action irréelle ou, éventuellement, située dans le futur. Or dans l’extrait ci-dessus, le Psychologue, le Docteur et le Narrateur ont assisté à un dîner : il s’agit d’une action passée et réelle, qui n’entre pas franchement dans le cadre du subjonctif plus-que-parfait (et même du subjonctif tout court), mais plutôt de l’indicatif.

Le Psychologue, le Docteur et moi étions les seuls qui avions assisté au dîner précédent.

La Machine à explorer le temps 3.0, Émilie Roch, D’après H. G. Wells

Évolution de la langue française

Dans cet exemple, j’ai choisi de corriger le texte d’origine. Mais s’agit-il d’un réel écart linguistique ? D’une erreur de l’éditeur d’origine ?

Lorsqu’il était plus usité, le subjonctif plus-que-parfait servait à la concordance des temps entre la proposition principale et la subordonnée, plutôt que pour situer une action dans le temps. De nos jours, la concordance des temps est de moins en moins employée : la langue évolue.

Après réflexion, je pense que l’emploi du subjonctif plus-que-parfait n’était pas du tout un écart à la norme dans la version d’origine. L’éditeur a suivi l’usage en vigueur en 1895. Cette perle de relecture est une (petite) preuve de l’évolution de la langue française.

Et vous auriez-vous « corrigé » cette erreur ?

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