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Couverture du roman RageNon, je ne vais pas vous faire une critique du livre Rage de Stephen King. C’est un classique qui a sa page sur Wikipédia, alors je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’apporter ma pierre à l’édifice :p.

Non, je veux simplement partager avec vous un passage du roman qui m’a émue, car il était juste.

Le roman

Rage est l’histoire de Charlie Decker, qui, après avoir tué deux professeurs au lycée de Placerville, séquestre ses camarades de classe. Écrit à la première personne, le roman est l’occasion d’explorer les raisons qui ont mené Charlie à tuer, jusqu’au dénouement de l’histoire.

Le roman est parsemé d’histoires banales du mal-être adolescent et j’ai trouvé que toutes ses petits moments de vie sonnaient justes, comme un témoignage.

C’est un de ces passages que je partage.

Le passage

_ Les gens vous détruisent. Ils vous écrabouillent si on les laisse faire, comme Cra-Cra disait. Ils veulent vous ramener à leur niveau et ils ont besoin de tout salir. Regarde ce qu’ils t’ont fait à toi, Charlie.

Je n’étais pas sûr qu’on m’avait fait quelque chose pour le moment, mais je n’ai pas ouvert ma gueule.

_ Je me promenais à Congress Street à Portland, juste avant Noël, l’an dernier. J’étais avec Donna Taylor. On faisait nos achats de Noël. Je venais d’acheter une écharpe à ma sœur chez Porteus-Mitchell et on parlait, on riait. Les bêtises habituelles. On piquait des fous rires. Il devait être quatre heures et la nuit commençait à tomber. Il neigeait. Toutes les banderoles étaient allumées et les vitrines étaient pleines de couleurs et de paquets cadeaux… c’était joli… et il y avait un Père Noël de l’armée du Salut au coin, devant la librairie Jones. Il faisait sonner sa cloche et il souriait. Je me sentais bien. Je me sentais vraiment bien. L’esprit de Noël et tout ces trucs-là. Je pensais au chocolat chaud que je prendrais en rentrant à la maison avec de la crème fouettée sur le dessus. C’est là qu’une voiture est passée près de nous, et le chauffeur, je sais pas qui c’est, a baissé sa vitre et a crié : « Salut, t’as un beau con ? »

Anne Lasky a sursauté. Je dois avouer que ces mots sonnaient affreusement mal dans la bouche de Carol.

_ Comme ça, elle a dit amèrement. Tout était gâché. Foutu. Comme une belle pomme rouge qui a un ver à l’intérieur. « Salut, t’as un beau con ? » Comme si j’étais la seule chose que j’étais, personne, rien, un… un… (Elle a grimacé de douleur, avec ses lèvres tremblantes qui tombaient.) C’est pour ça que cela ressemble à l’intelligence. On veut vous remplir la cervelle jusqu’à ce qu’elle soit bien pleine, c’est pas le même trou, c’est tout.

[…]

_ Une cervelle ou un con, a dit Carol, avec une sorte de bonne humeur un peu brusque. Ça ne laisse plus beaucoup de place pour le reste, non ?

Stephen King (Richard Bachman), Rage, 1977, Éditions J’ai Lu, Chapitre 23

Le partage

À chaque lecture, cet extrait m’évoque la même sensation de déjà-vu. Un gars à qui vous prêtez l’oreille naïvement et qui vous crache ses fantasmes au visage. Une douche verbale, qui rappelle ce que nous représentons aux yeux de certains hommes.

Ce n’est pas un secret : on a toutes vécu ce moment.

Que ce soit à l’adolescence ou plus tard.

 

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