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J’étrenne la première publication d’une nouvelle par une Lettre d’amour. J’ai écrit ce texte fin 2016 à l’occasion du concours de nouvelles du festival Rue des livres. Le thème imposé était « Dix ans, quelle histoire ! ».

Comme toujours, la nouvelle n’a pas reçu la gloire escomptée 😉 mais elle a au moins retenu l’attention d’un ou deux membres du comité de lecture quand je leur en ai parlé.

Pour plus de confort, vous pouvez télécharger Lettre d’amour au format epub pour pouvoir la lire sur tablette et liseuse.

Lettre d’amour

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Ma Chérie,

Je me souviens de notre première rencontre. C’était un après-midi d’hiver au centre commercial. Tu attendais entre deux boutiques itinérantes qui vendaient des babioles au milieu de l’allée.

Dès le premier regard, j’ai su que je ne voulais nulle autre que toi. Pour moi, tu étais l’incarnation d’un rêve. Tout en toi me plaisait : tes formes tout à la fois voluptueuses et fuselées, ton élégance naturelle et un je-ne-sais-quoi dans ton allure qui promettait de longs moments de complicité.

Je me souviens des premières années où je t’affichais fièrement à mes côtés. Les copains étaient jaloux, cela se voyait à leurs regards. Le contact passait tellement bien. Lorsque nous étions ensemble, c’était toujours le même ronronnement, jamais la moindre mauvaise surprise.

Et nos voyages ! Te souviens-tu de notre traversée de la France sur les nationales pour éviter les autoroutes ? Ah ! Je n’avais pas beaucoup d’argent à l’époque. Nous avons parcouru les routes les plus sinueuses pour gagner quelques sous. Il n’y avait que toi, moi et la route.

Cinq ans plus tard, la famille s’était agrandie. La première année, si fébrile, si riche en nouveauté, c’était comme si ne nous voyions plus que pour charger des couches et des biberons dans le coffre. Puis se succédèrent les visites chez la grand-mère ou la nounou avec la gamine sur la banquette arrière.

Sans toi, cela n’aurait pas été pareil.

Nous étions toujours ensemble malgré les années, aussi belle qu’aux premiers jours. C’est-à-dire que je prenais soin de toi ! Je n’ai jamais regardé à la dépense pour t’offrir mes petits cadeaux.

Je dois avouer qu’il m’est arrivé de regarder ailleurs, mais ce n’est pas parce qu’on est au régime qu’on ne peut pas regarder le menu, pas vrai ? La concurrence est rude ! Vous êtes toutes plus désirables les unes que les autres, alors comment ne pas céder aux nouvelles sirènes ? J’avoue, un jour, j’ai craqué. Ça faisait huit an et demi que nous roulions notre bosse ensemble, et l’autre était là, sublime, brillante, une beauté rare. Maintenant, je comprends que cette incartade n’était qu’un misérable essai, juste le temps de me rendre compte que tu étais celle qui me convenait, encore et toujours.

Je sais, c’est intolérable à entendre.

La dixième année. Rien n’allait plus. Il y avait toujours quelque chose à changer. Tu devenais gourmande. Cela devenait de plus en plus difficile de t’entretenir, mes petits cadeaux ne te suffisant plus. Je multipliais les réglages, prenant soin de toi chaque jour d’avantage en espérant retrouver l’enthousiasme de nos premières années.

Je sais maintenant que c’était de l’acharnement.

Le doute s’est installé à ce moment-là. Serais-tu encore capable d’accepter nos infatigables voyages ? Ou préférais-tu la routine plus sûre du métro-boulot-dodo ?

J’ai perdu confiance. Je ne ressens plus l’abandon d’antan, cette impression d’être en sécurité. Ça ne peut plus durer. Il faut se rendre à l’évidence. J’ai changé. J’attends autre chose.

J’en ai rencontré une autre, hier. Pas au centre commercial cette fois-ci : dans une boutique. Je passais devant par hasard. J’avais oublié d’acheter le pain.

Le coup de foudre. C’était une véritable bombe. J’avais l’impression qu’elle m’observait derrière la vitrine. J’ai essayé de lutter. Mollement. J’avais encore en tête toutes les années d’attachement entre nous. Dix ans de complicité, je ne pouvais pas les oublier aussi facilement.

Bon Dieu ! Qu’est-ce qu’elle était belle ! J’étais fasciné par sa silhouette de sportive. Une Allemande, sans aucun doute. Je voulais l’admirer de plus près, la toucher et me laisser emporter.

Je suis entré dans la boutique pour l’aborder.

Le gérant s’est approché. Il avait bien remarqué le désir dans mon regard.

« Bienvenue chez Volkswagen ! La nouvelle Golf vous intéresse ? »

Licence

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En clair, vous pouvez diffuser le texte comme vous le souhaitez, y compris pour une utilisation commerciale, à condition de ne pas le modifier et d’en rappeler l’auteure.

Et un petit lien vers ce site, ce serait parfait 🙂

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