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Voici une nouvelle proposée dans le cadre du concours de la communauté de communes Terre de Camargue 2017. La principale originalité de ce concours était d’imposer l’utilisation de cinq mots : Génération, Porte, Mémoire, Message et Héritage.

L’évocation de ses mots a immédiatement fait naitre La sainte dans la mer, l’histoire de Gwen, Indiana Jones du XXIIe siècle, à la recherche d’un artefact perdu…

Pour plus de confort, vous pouvez télécharger La sainte dans la mer au format epub pour pouvoir la lire sur tablette et liseuse.

La sainte dans la mer

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Les plongeurs se frayèrent un chemin dans la forêt d’algues. Les alluvions rendaient la traversée opaque, comme un brouillard tangible qu’il fallait pénétrer sans trop agiter, de peur de rendre la visibilité quasi-nulle.

Les ruines se profilaient d’abord en une masse sombre indistincte. Nombre de murs gisait dans un mélange de sable et de vase.

Les instruments de mesure s’affolaient. Dans cette ambiance moirée de terres en suspension, les signaux passaient mal. Les nageurs s’orientaient par la force de l’habitude.

La mairie tenait encore bon. Le fronton avait cédé depuis longtemps, mais trois arches formaient les portes d’entrée de la cité enfouie. La place de l’hôtel de ville était à présent recouverte d’une prairie de caulerpes, tapis dense où paissaient des bancs de poissons-lapins.

Des cordons traçaient des routes au sol. Des générations d’archéologues et de pillards avaient quadrillé la zone, du phare jusqu’aux plus lointaines villas.

Gwen frissonna. La ville engloutie par la mer la plongeait dans ses souvenirs. Elle croyait entendre le témoignage de sa grand-mère, toujours mêlé aux légendes de la Cité d’Ys. Sous les eaux, elle se laissait toujours envahir par un mélange d’excitation d’archéologue et de peur enfantine. S’y ajoutait la lassitude de suivre Joseph, qui la guidait toujours selon le même chemin, de la mairie à l’église fortifiée, de l’église fortifiée jusqu’au phare.

Dans ce qui avait été le centre ville, les rues étaient si compactes qu’elles avaient gardé leur cohésion. Les murs s’élevaient encore fièrement en entrelacs de ruelles. La visibilité était excellente dans cette zone d’eaux calmes. Le sommet des maisons émergeait à la surface. Seule la constellation d’étoiles de mer sur les crépis délavés rappelait les conséquences de la catastrophe.

Gwen suivait mécaniquement le sillon de bulles de son partenaire. Joseph s’arrêta devant l’église fortifiée, dont la majeure partie était encore émergée. Il se signa puis bifurqua vers le port. Un banc de méduses dérivait en sens inverse. Tandis qu’ils avançaient vers l’ancien front de mer, les pierres se couchaient peu à peu sur le sol. Les rocailles des anciennes digues servaient d’abri à une faune tropicale. Les courants devinrent turbulents à l’approche du phare.

Les imposantes fondations du phare dégorgeaient en un amas de béton. Elles les guidèrent vers le ciel.

La coque du navire se découpait dans la lumière.

Ils rentraient bredouilles.

Encore.

_ Je pensais que cette fois-ci, ce serait la bonne. Je le croyais réellement, soupira Joseph, comme un mantra. Professeure, vous nous La retrouverez, pas vrai ?

Gwen ne répondit pas. Elle se débarrassait de tout son matériel. La volonté de son partenaire d’infortune conférait à la foi. Ce qui était une quête de gloire pour elle, était une quête d’identité pour lui. Retrouver un monument de sa culture valait bien de côtoyer une gadji au mauvais karma.

Quatre ans de recherche ne lui avait permis de récolter qu’un squelette de cheval, de la vaisselle, beaucoup de breloques à touristes et quantité de vrai-faux coffres au trésor, jetés en masse par des plaisantins au siècle précédent.

Comme des dizaines d’aventuriers, d’archéologues et de pillards, elle cherchait sans trouver.

Une véritable relique était restée au fond de la mer, le Graal de l’archéologue, comme la machine d’Anticythère ou la Vénus de Milo.

Gwen était descendue dans le Sud de la France, attirée par l’Atlantide moderne, mais après quatre ans d’investigations infructueuses, qu’est-ce qui la poussait encore à rester ici ?

La honte de rentrer en ayant échoué ?

Ou peut-être le pays ?

Elle aimait ses gens du Sud, qui s’étaient entêtés à se battre contre la mer jusqu’à l’inéluctable catastrophe. Elle comprenait cet attachement tenace à sa terre, ses traditions, sa vie.

Après tout, son île n’avait-elle pas été la première à sombrer ?

Ses cheveux dégoulinaient de cette eau trop salée à son goût breton. Elle enfila son collier porte-bonheur – un cordon où pendait une bourse de cuir – puis vissa son bob rouge délavé sur son crâne, ce qui la faisait passer pour une descendante du Commandant Cousteau.

Le phare des Saintes-Maries-de-la-mer se dressait sur ce qui avait été l’extrême sud de la ville. Éperon blanc marqué de la croix de Camargue, il signalait les ruines qui affleuraient encore comme autant de récifs. Il rappelait la vanité humaine, l’aveuglement des foules, la victoire de la mer, la revanche des bâtisseurs : chacun pouvait y trouver le message qui lui convenait.

_ Professeure Le Bihan ? Que faisons-nous ?, demanda Joseph.

_ Nous rentrons au port, Capitaine !

Le gitan se tourna vers la barre.

– Navire : à l’attache !, ordonna-t-il.

L’ordinateur de bord alluma le moteur et le bateau vira vers la côte. Gwen, à la proue, regardait les vagues d’un air morne. Elle connaissait le trajet par cœur. Le navire autonome prenait toujours le même itinéraire lorsque le temps était beau : il traversait la percée de La Fourcade avant de remonter la mer de Vaccarès jusqu’au port d’Arles.

Le soir, la professeure était au milieu d’une fête, invitée de marque de Joseph, toujours respectueux des recherches qu’elle menait contre vents et marées. Pour l’occasion, elle avait troqué son bob pour une barrette. Elle portait sa plus belle chemise et l’écusson de son île sur sa poitrine.

Un grand bidon métallique trônait au milieu du jardin. Des flammes d’une hauteur respectable montaient encore du barbecue de fortune : il faudrait attendre avant de sortir les brochettes. Tout autour, quelques caravanes formaient un rempart contre les vents.

Des femmes discutaient cuisine en riant. Les enfants courraient en n’écoutant pas les mises en garde des parents. Quelqu’un sortit une guitare et la musique s’éleva, un blues manouche languissant, de ceux qui s’infiltraient en Provence depuis la chute des Saintes. Adieu les musiques entraînantes. La catastrophe avait marqué au fer la mémoire des peuples tziganes.

Agenouillé devant un vieil homme entouré de sa parentèle, Joseph lui fit signe. Le vieillard regarda avec méfiance la Bretonne s’avancer. Son regard vif brillait comme deux lucioles au fond de ses orbites. Chenu, le feu dessinait des sillons sur les reliefs de ses rides et les nœuds de ses mains.

_ Professeur, je vous présente Tchavolo. Son père fut une des dernières personnes baptisées au Saintes.

Le vieil homme baissa la tête, et Joseph lui chuchota directement dans l’oreille. Tchavolo lui répondit quelques mots que Gwen ne comprit pas. Les paroles du vieillard se reflétèrent dans l’air désolé du traducteur.

_ Il me demande pourquoi il devrait vous faire confiance.

Gwen bomba la poitrine et tira le pan de sa chemise où elle avait broché son écusson. La forme découpée évoquait un batarang. Il représentait le nœud de pierre à deux bras cornus qu’était sa terre d’origine.

_ Parce que je suis Sénane ! Comme vous, je sais ce que c’est de perdre son bien le plus précieux. Mon île s’est défendue contre l’océan. Une lutte âpre contre des forces qui nous surpassent. Chaque hiver, mes ancêtres se réfugiaient dans le clocher de l’église quand l’eau atteignait la cheville sur la place du village. La fureur de l’océan pouvait s’abattre. Il étaient fiers. Ils étaient têtus.

Derrière elle, les musiciens entamaient une nouvelle complainte. Émue, Gwen se tut quelques instants. L’évocation de son village lui pinçait le cœur. Il lui rappelait les larmes de sa grand-mère en deuil.

_ Un jour, l’église s’est effondrée dans une tempête et mes ancêtres sont partis.

Tirant sur son collier porte-bonheur, elle en ouvrit la bourse de cuir.

_ Voilà ce qu’il reste de mon île. Voilà mon héritage !

Elle s’avança vers Tchavolo et lui tendit un galet blanc.

La pierre tenait entre le pouce et l’index, comme une grosse pièce de monnaie.

Le vieillard attendit la traduction de la bouche de Joseph. Son visage s’adoucit. Il prit la main de Gwen et lui glissa le caillou dans la paume, qu’il referma en poing.

Elle s’agenouilla.

Déjà, Tchavolo racontait et Joseph traduisait.

_ L’histoire me vient de mon grand-père. Mon père était bien trop jeune pour ce souvenir de la catastrophe. On dit que l’hiver avait été terrible. Six jours de tempêtes. L’eau avait déjà emporté tout ce qui pouvait l’être. Des camions apportaient des sacs de sables et de ciment, mais c’était comme boire une soupe avec une cuillère percée. Les digues à la mer tenaient bon. Mon grand-père travaillait tous les printemps sur le bord de mer. C’était l’emploi saisonnier du XXIIe siècle : recréer la plage pour la procession et pour les touristes.

Les yeux se firent rieurs, puis plus sérieux.

_ Grand-père était présent lors de la tempête du début du printemps. Il venait de commencer son travail de créateur de plage et il s’était réjoui de ce nouveau grain qui lui assurait une semaine de travail supplémentaire. Il ne s’est pas inquiété lorsque l’eau a commencé à monter : c’était pas la première fois qu’elle envahissait le centre-ville. Les sirènes ramenaient les gens sur la place de la mairie. C’était un exercice habituel. Grand-père n’a compris que lorsqu’il a vu arriver les hélicoptères. La ville était évacuée dans l’urgence. Frappés par la situation, lui et quelques amis ont forcé les portes de l’église pour sortir Notre Sainte. En retrouvant la mer, Elle intercéderait en notre faveur.

Gwen écoutait le témoignage comme une enfant un conte. Elle avait tellement vu de reportages et de films amateurs qu’elle se sentait transportée dans le chahut du drame. La pluie incessante du printemps qui devait tout détremper, les appels aux secours, les hélicoptères dont le bruit couvrait à peine celui de l’orage.

Et au milieu de tout ça, l’espoir d’un miracle, ce qui, paradoxalement, fit disparaître la relique.

_ Mon grand-père a porté la Sainte à travers la ville. Il y avait une telle cohue que personne n’a fait attention à eux. Il aurait été jusqu’au bout s’il n’avait pas été pris d’un doute, puis d’une grande honte. Il avait laissé mon père et mon oncle à ma grand-mère, sur la place de la mairie. Ce sont eux qui l’on fait revenir. Il a laissé les autres continuer. Ses amis n’ont pas réussi, car du haut de l’hélicoptère, à la lueur de l’aube, il a vu la fin. Les digues étaient submergées. Les étangs gonflés ne formaient plus qu’une vaste étendue d’eau, et au milieu, dans ses fortifications, les Saintes retournaient à la mer, lentement, comme aspirées dans un sable mouvant.

Joseph retrouva son archéologue le lendemain, le nez dans un hologramme, un mug de café entre les mains. Il l’avait attendue au port pendant une heure. Comme elle ne répondait pas au téléphone, il était monté la voir. Absorbée par sa simulation informatique, c’est à peine si elle remarqua sa présence.

Dans l’hologramme, un nuage de filaments – de vecteurs, avait-elle un jour précisé – voltaient sur d’antiques côtes camarguaises. La numérisation parfaite du littoral de l’époque était couplée à un logiciel probabiliste. La base de données compulsait des siècles d’archives, de publications scientifiques, de relevés météorologiques et croisait les sources en quelques secondes pour afficher des potentiels de présence.

_ C’est Tchavolo qui vous a mise dans cet état-là ? Pourtant, vous aviez l’air bien déçue en partant.

Gwen secoua la tête, puis se ravisa et la hocha.

_ Oui ! Non ! Enfin… oui. Ce qu’il a dit ressemblait à toutes les autres interviews que j’ai pu faire. Mais il y a un détail de l’histoire qui m’a interpellée, puis le morceau de mon île. Enfin peut-être que non. Je ne sais pas. J’ai eu une espèce de fulgurance intellectuelle comme j’en ai parfois. Ça part sur deux hypothèses : d’abord, supposons que lors de la tempête, la relique a véritablement été menée à la mer.

Joseph acquiesça poliment. N’avait-elle pas déjà testé cette hypothèse ? Il se souvenait encore du quadrillage millimétrique de la Rue des Launes où Elle était sensée se trouver.

_ On a déjà testé ça professeur. On a même tamisé l’ancien emplacement de la plage.

_ Oui, mais souvenez-vous ! J’avais déterminé un emplacement sur toutes les plages autour des arènes. Sauf que je me suis rappelée d’un détail. Un détail qui a toute son importance ! Le grand-père de Tchavolo travaillait à l’aménagement de la plage. Il n’y avait donc pas encore de plage, comme mes galets sénans n’existaient plus au moment de ma catastrophe ! Impossible de L’amener jusqu’à la plage ! Et quel est le point le plus simple pour atteindre la mer, en pleine tempête ?

Joseph chercha la réponse dans l’animation devant lui.

_ Au point le plus haut de la ligne de côte. Le Port Gardian. Avec la rehausse de 2034. Moi, c’est là que j’irai. Gwen pointa un doigt vers lui.

_ Tout à fait Capitaine ! Et où arrive-t-on en prenant le port comme point de départ ?

Ordinateur : calcule !

Une marque rouge se figea sur la digue au creux du port. L’hologramme modélisait jusqu’à la forme des vagues. Le forme tomba au fond de la passe et ne bougea pas pendant quelques minutes. La jetée Ouest s’effondra, et Son mouvement reprit. Le temps défilait sur le chronomètre. Elle valsait dans les remous. La mer, poussée par le vent, s’avançait dans les étangs. Déviée par le petit bras du Rhône, Elle avance, Elle avance, toujours plus loin dans les terres. Enfin Elle accoste. Le chronomètre s’accélère, le temps défile. Elle ne bouge plus.

Gwen sourit. Joseph regarda l’endroit d’un air peu convaincu.

_ On lâche les palmes pour les vélos électriques. A nous la lagune de protection d’Arles !

Les flamands furent dérangés par deux cyclistes trimballant du matériel dans des carrioles. Gwen, toute excitée, avait embarqué tous ses instruments et n’avait accordé aucun regard au paysage broussailleux et humide autour d’elle.

_ On triangule, ordonna-t-elle en sortant les fichets sédimentaires.

Elle s’enfonça jusqu’aux genoux dans un étang et fixa un premier capteur. Joseph enfonça le sien au sud de l’aire d’étude. Le fichet se chargeait d’énergie solaire en grésillant. Nul doute qu’il fonctionnerait mieux qu’au fond de la mer. A l’Est, le bob rouge fixait le dernier capteur.

Lorsqu’ils se rejoignirent, l’écran portatif dessinait des couches stratigraphiques que seule l’archéologue comprenait. Elle sourit.

_ C’est prometteur ! Très prometteur. Nous avons 75,4 % de chance de tomber sur des artefacts du XXIIe siècle dans cette zone. On prend les cuissardes, les pelles, et c’est parti !

Gwen marcha d’un bon pas en évitant les remparts de broussailles sur sa trajectoire. Les moustiques n’entamèrent pas son enthousiasme. Elle ne voyait plus grand chose avec la réverbération de la lumière, alors elle demanda à Joseph de prendre le relais. La patience du gitan était entamée par le ton autoritaire de sa compagne de fouilles. Il trouvait l’idée stupide de chercher les reliques d’une citée engloutie en plein milieu des terres.

Ils parvinrent sur un petit îlot couvert d’herbes fournies. Il n’y avait pas un arbre sur leur radeau de terre. Des chevaux broutaient sur la berge opposée, mais l’archéologue n’y prêta aucune attention.

_ Pelle !

Joseph tendit l’instrument et Gwen commença à creuser. Les premières pelletées dégagèrent l’herbe, puis la terre s’ameublit, de plus en plus imprégnée d’eau. Très vite, elle travailla dans la vase.

_ Vous savez que nous pourrons creuser jusqu’à mai, si nous sommes chanceux, après, il fera trop chaud….

Gwen tirait une bouteille plastique de sa gangue de terre. Elle déposa son artefact archéologique dans le bac de fouille. Le récipient rejoignait une cannette en alu et une couche culotte partiellement décomposée.

_ Oui. Mais y aura moins d’eau. Ça peut être intéressant.

_ Ne comptez pas sur moi, Professeur.

Les pelles retiraient la terre dans un bruit spongieux. Ils répertorieraient leurs trouvailles plus tard, une fois au sec. Des magnets aux couleurs délavées rejoignirent la bouteille plastique. La civilisation du déchet laissait quantité d’objets sans valeur à leurs descendants. Les mégots de cigarettes remplirent un sac prévu à cet effet : ils s’offraient un restaurant tous les dix kilos ramassés.

Le soleil tombait sur l’horizon. La cadence ralentissait. Joseph chantait du blues. Gwen terminait sa gourde. L’excitation était redescendue avec les litres de sueur. Elle en avait plus qu’assez de son travail de forçats dans ce paysage trop plat. Les collines bretonnes lui manquaient.

Elle doutait à présent du fondement de son raisonnement. La nuit blanche n’avait certainement pas amélioré son discernement. Le témoignage était le niveau zéro de la preuve et celui enjolivé d’un vieillard, le niveau souterrain.

Comment avait-elle pu s’emballer à ce point ?

Quand Joseph se retourna, Gwen s’accordait une pause, lessivée.

Il enfonça sa pelle dans le sol.

Fin des fouilles.

_ On reprendra demain, proposa Gwen d’un ton qui ne la convainquit pas elle-même.

Ils empaquetèrent le matériel. En déplaçant la caisse de détritus centenaires, Joseph trouva un tissu qui brillait dans l’eau.

_ Encore une vraie-fausse robe de princesse gardianne, pronostiqua l’archéologue. Laisse ! On rentre.

_ Vous avez vu ? On dirait une main.

Gwen s’approcha. Le membre noirâtre entouré de tissu se distinguait à peine de la vase. Elle plongea la main dans l’eau pour le toucher : ce n’était pas en plastique comme elle le pensait. Son pouce caressait des veines parallèles rugueuses, comme celles du bois. Elle tira sur le tissu lentement, pour le dégager de la vase. C’était une voile en fibre synthétique beige, avec des brillants. Un volant chamarré se trouvait en-dessous. Il y avait un bras à la suite de la main.

_ On dirait une poupée de très grande taille. Peut-être un mannequin ?

L’incrédulité tintait dans sa voix, comme si elle ne croyait pas en ce qu’elle disait.

Joseph commença à gratter avec plus de conviction. L’archéologue la regarda faire quelques temps avant de se décider à l’aider.

Ils découvrirent un large pan de robe constitué d’un empilement de jupon. Dans les plis du tissu, il trouvaient des crucifix et des images votives. Le corps était couché sur le flanc, encore à demi ensablé. Ils dégagèrent un bras, le cou.

Gwen se mit à espérer, Joseph à prier à haute voix.

Et soudain, le visage apparut. La peinture avait disparu. Il ne restait que le relief d’un visage doux et d’une chevelure ondulée. Le bois avait fendu sur la lèvre. L’eau dessinait des vaguelettes de lumière sur le visage de miséricorde.

Elle était là.

Ils L’avaient retrouvée.

Sara la noire.

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Et un petit lien vers ce site, ce serait parfait 🙂

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